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EDITO DECEMBRE 2017

Pour que le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, certain•e•s pensent que la devenue célèbre écriture inclusive soit la règle à l’école comme dans tous les écrits, du moins administratifs. Certains, souvent des hommes, trouvent cela risible ; certaines, plutôt des femmes, trouvent cela normal. Il est difficile quand on est un homme de ne pas passer pour un « macho » en s’élevant contre cette idée. Il est difficile quand on est une femme de vouloir que le masculin l’emporte.

Sur le fond, il est rétrograde de penser qu’un homme est supérieur à une femme, même si des siècles d’habitude ont fait pencher la balance des responsabilités vers le sexe dit fort. Je ne vais pas me risquer sur ce terrain, moi qui suis un homme responsable d’un établissement où le sexe dit faible est largement majoritaire. Il faudrait, une fois de plus que les décisions se décloisonnent et que le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes réfléchisse en même temps que le Haut Conseil de l’Éducation…

Redescendons à la hauteur du terrain et à l’inquiétude que nous pouvons avoir si cette écriture venait à devenir la règle. Car soyons clairs : la grammaire changera-t-elle les habitudes des discriminateur•e•rice•euse•s : je ne suis pas sûr. Par contre va-t-elle complexifier la vie des écolier•re•s et de leur professeur•e•s : j’en suis sûr. Quelques exemples qui donnent à réfléchir : j’ai lu dans un article que les femmes porte-drapeau de cette volonté étaient des « pétroleuses du féminisme ». Il vaut donc mieux que ce soient des femmes car les « pétroleurs » n’existent pas. L’usage veut qu’on parle à Madame le Maire, la Maire ou la Mairesse ? Les féminins des mots qui n’en n’ont pas jusqu’à maintenant vont se transformer comment ? : en « e », en « euse » en « rice ». Quant à la lecture orale face à cette écriture disruptive, que va-t-elle donner ? Et voyons les dictées : l’absence du point inclusif ou la mauvaise écriture de cette féminisation coûtera-t-elle un point ?

Reprenons de la hauteur : je ne suis pas certain que le combat que nous livrons au quotidien sur les discriminations de toute sorte –et un de mes récents éditos en parlait- porte ses fruits d’aussi simple façon. S’il suffisait de complexifier la grammaire pour que les différences s’estompent… J’ai vécu quelques temps à Bruxelles alors que la bataille opposant Wallons et Flamands faisait rage. Outre Les panneaux d’indication routière, les pages d’annuaires s’écrivaient dans les 2 langues et mieux, alternativement d’abord dans l’une puis dans l’autre. Je n’ai pas souvenir que cela ait changé les choses, au contraire. Et je ne vous parle pas des contrées utilisant ni féminin ni masculin dont nous savons tous qu’elles sont parfaitement égalitaires…

D Milhorat